LA LETTRE RÉFLEXION & STRATÉGIE N°2

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Cloud et souveraineté numérique :
comprendre les enjeux d’une infrastructure stratégique

L’ÉDITO DE FLORENCE CHINAUD

Membre Suppléante représentant les membres du personnel au Conseil d’Administration du groupe Orange

Le Cloud, c’est cette infrastructure invisible qui facilite notre quotidien sans que l’on y pense.
Quand vous prenez une photo avec votre téléphone et qu’elle apparaît instantanément sur votre ordinateur, c’est grâce au Cloud. Derrière cette simplicité se cache un réseau complexe de centres de données répartis dans le monde entier qui stockent et traitent nos informations.
Mais le Cloud ne se limite pas à un espace de stockage : il fournit aussi toute l’intelligence logicielle qui fait fonctionner nos services numériques, comme les systèmes d’exploitation, les outils de gestion ou l’intelligence artificielle. Cette combinaison d’infrastructure et d’intelligence nécessite des investissements massifs et une innovation constante, ce qui rend cette technologie essentielle mais aussi vulnérable.

Depuis 30 ans, notre dépendance au Cloud s’est installée doucement mais sûrement. Aujourd’hui, 65 % du marché européen est contrôlé par trois géants américains, tandis que la part des fournisseurs européens a chuté, passant de 27 % à 13 % entre 2017 et 2022. Ces services, souvent très efficaces, ont conduit nombre d’entreprises et d’institutions à transférer leurs systèmes (autrefois hébergés en interne), créant une dépendance difficile à inverser.

Or, dans un contexte économique et géopolitique tendu, cette situation devient un enjeu stratégique majeur : maîtriser notre infrastructure numérique, c’est préserver notre souveraineté.

Parce que la dépendance à ces géants comporte plusieurs risques.

D’abord, la souveraineté elle-même est mise à mal : ces services sont soumis à des législations étrangères, ce qui peut poser problème en cas de tensions. La coupure du satellite Starlink en Ukraine en 2022 en est un exemple : même une coupure temporaire peut entraîner des conséquences graves.

Ensuite, la résilience de nos systèmes est fragilisée. La panne mondiale de juin 2024 a montré à quel point notre dépendance peut être risquée : hôpitaux, banques, aéroports paralysés, tout cela à cause d’un simple bug. Or, plus on utilise ces services, plus il devient coûteux de s’en défaire, ce qui limite nos options futures.

Enfin, la sécurité est évidemment en jeu : même nos infrastructures dites « souveraines » reposent souvent sur des technologies étrangères. Sans mises à jour régulières, elles deviennent vulnérables face notamment aux cyberattaques, ce qui limite notre capacité à réagir de façon autonome.

L’arrivée de l’intelligence artificielle générative

L’arrivée de l’intelligence artificielle générative bouleverse encore davantage cette donne. Elle nécessite des infrastructures massives, coûteuses, mais surtout, elle change notre rapport à la technologie. Au lieu de simplement stocker des données, nous confions désormais aux machines des capacités de décision : diagnostics médicaux, optimisation logistique, analyse de risques. En déléguant une partie de notre intelligence, nous accentuons notre dépendance à ces systèmes, ce qui pose la question de leur contrôle.

À l’heure actuelle, les géants américains dominent ce marché pour trois raisons principales. D’abord, leur effet d’échelle leur permet de déployer rapidement leurs services à moindre coût. Ensuite, leur intégration verticale leur donne un contrôle total sur toute la chaîne, des câbles sous-marins aux processeurs, créant des barrières à l’entrée difficiles à franchir. Enfin, leur offre a séduit par sa simplicité mais nous rend captif et vulnérable à des augmentations de prix (cas VmWare)

Pour aller plus loin, trois pistes concrètes se dessinent

. La première est d’investir dans le Edge Computing, c’est-à-dire traiter les données en périphérie des réseaux (au pied de nos tours mobiles par exemple), plus proche des utilisateurs. D’ici 2031, plus de la moitié des données pourraient être traitées ainsi, ce qui renforcerait la résilience et réduirait la dépendance aux centres de données centralisés.
. La seconde consiste à développer l’open-source et l’interopérabilité, en s’inspirant de l’exemple de l’Inde, qui a créé un Cloud public basé sur des solutions ouvertes.

En Europe, plusieurs initiatives visent à standardiser les échanges entre fournisseurs pour faciliter le passage d’un prestataire à un autre.

Pour la CFDT chez Orange, il est indispensable que ces trois pistes avancent au plus vite. Notre entreprise doit d’ailleurs pouvoir y prendre un rôle important.

Dans le même temps, une consolidation des acteurs européens semble nécessaire : la fragmentation du marché limite leur capacité à rivaliser avec les géants américains. Favoriser des coopérations et investissements communs permettrait de créer des champions européens capables de défendre nos intérêts.

La CFDT est convaincue que l’Union européenne est une pièce maîtresse pour répondre aux défis à venir et qu’elle possède déjà de nombreux atouts : compétences, épargne, talents. Le vrai défi est de construire une vision stratégique claire, orientée vers la souveraineté, la résilience et la compétitivité. Il ne s’agit pas de copier ce qui existe ailleurs, mais de bâtir une infrastructure numérique qui réponde aux besoins européens. Souveraineté, résilience, innovation : ces principes doivent guider notre action. Notre infrastructure numérique doit devenir un bien commun, une ressource collective, comme les routes ou les réseaux électriques.

Les solutions existent : du multi-cloud au Edge Computing, de l’open-source aux standards d’interopérabilité.

Il est urgent d’agir avec détermination pour préserver notre autonomie et façonner un avenir numérique qui nous ressemble, un avenir où l’Europe reprendrait la maîtrise de ses données et de ses technologies. Agir non pas par peur ou par repli mais pour préserver notre autonomie et notre capacité à façonner notre propre avenir numérique, un avenir qui nous ressemble.


Conférence/Débat

Cloud et souveraineté numérique : comprendre les enjeux d’une infrastructure stratégique
Vendredi 22 mai 13H30 à 14H30

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