Arrêt du Réseau Innovation : une décision lourde de conséquences 27 janvier 2026
Un contexte de transformation accélérée
Lors des séances du Comité Social et Économique d’Établissement (CSEE) de décembre 2025, la Direction d’Orange Innovation a confirmé la fermeture progressive du Réseau Innovation (RI). Cette décision, prise unilatéralement en septembre 2025, s’inscrit dans une logique de convergence des infrastructures et de réduction des coûts, mais elle suscite de nombreuses interrogations et inquiétudes parmi les salariés et leurs représentants.
Le Réseau Innovation, outil central du quotidien pour de nombreux collègues, offrait jusqu’ici une connectivité sécurisée et mutualisée pour les postes de travail, serveurs et plateformes d’expérimentation. Il permettait à 13 directions d’Orange (Data et Intelligence Artificielle, Plateformes, Réseaux, IT et Services, etc.) de mener à bien plus de 250 projets d’innovation.
Un calendrier de fermeture en trois étapes
La fermeture du RI s’opère en trois phases majeures :
Fin 2025 : arrêt du service « Campus » (connectivité filaire et Wi-Fi pour les postes de travail YourDev et Mac@Work).
Fin 2026 : arrêt du service « Labos & Plateformes » (connectivité et services réseaux pour les plateformes d’expérimentation).
Fin 2027 : arrêt du service « Transport » (interconnexions pour d’autres réseaux, services vitaux sur certains sites).
Des impacts techniques et organisationnels majeurs
Sur les postes de travail
Dès la fin 2025, les utilisateurs de postes YourDev Windows, Linux et Mac@Work ont perdu la connexion directe au réseau interne. Les solutions de repli proposées (Wi-Fi invité, Livebox, accès en laboratoire) sont loin d’offrir la même stabilité ou la même simplicité d’usage. Les difficultés de gestion des certificats machines, l’obligation de migrer certains postes vers des environnements infogérés ou de recourir à des équipements personnels, engendrent une complexité accrue et des coûts supplémentaires pour les projets.
Sur les plateformes d’expérimentation
La fermeture du service « Labos & Plateformes » prive les équipes de nombreux services essentiels : sécurité, filtrage, gestion des noms de domaine, accès aux outils internes (gestion de code, messagerie, etc.). Chaque responsable de projet devra désormais trouver, financer et sécuriser sa propre solution d’hébergement, sans accompagnement centralisé ni budget dédié. Les contraintes d’espace, d’alimentation électrique et de refroidissement dans les zones techniques rendent la migration encore plus complexe, en particulier pour le matériel non virtualisable.
Sur les services vitaux et l’organisation du travail
La dernière étape concerne des services critiques (sécurité incendie, badgeuses, supervision technique) sur des sites comme Lannion et Caen. Tout retard dans les projets immobiliers ou dans la migration des plateformes pourrait mettre en difficulté la continuité de ces services.
Des risques identifiés et des inquiétudes partagées
Risques techniques et de sécurité
La Direction justifie la fermeture par la nécessité de se conformer à la nouvelle réglementation européenne sur la sécurité des réseaux (directive NIS2), et par le coût croissant de la maintenance d’un réseau jugé vulnérable (plus de 2 000 failles critiques identifiées). Toutefois, vos représentants CFDT rappellent que la sécurité dépend aussi des pratiques des utilisateurs et que la migration vers des solutions externes (cloud public, datacenters) ne garantit pas une réduction des risques si les moyens humains et financiers ne suivent pas.
Risques financiers
Le coût de la fermeture du RI, de la migration des projets et de l’hébergement futur n’a pas été précisément budgété. Les projets devront assumer des dépenses imprévues (achat de Livebox, dongles Wi-Fi, lignes dédiées, migration vers des clouds privés ou publics), sans soutien financier spécifique. Les économies affichées par la Direction pourraient être largement décompensées par des surcoûts cachés, comme l’ont montré d’autres projets similaires par le passé.
Risques humains et sociaux
La charge de travail liée à la migration, l’absence de formation ou d’accompagnement, la perte du support de proximité, et l’incertitude sur l’avenir des salariés et prestataires du RI, sont autant de facteurs de risques psychosociaux. Les équipes concernées, internes comme externes, expriment leur inquiétude quant à la reconnaissance de leur expertise et à leur avenir professionnel.
Risques organisationnels
La responsabilité de la migration et de la sécurisation des plateformes est désormais décentralisée, sans mutualisation des compétences. Cela expose les projets à des solutions de contournement non maîtrisées (« Shadow IT »), potentiellement dangereuses pour la sécurité et la conformité réglementaire.
Un dialogue social à renforcer
Vos représentants CFDT, accompagnés par les autres organisations syndicales, ont rappelé l’obligation légale d’information et de consultation du CSEE en amont de toute décision ayant un impact sur les conditions de travail, l’organisation, les effectifs ou les compétences. Ils ont obtenu l’ouverture d’une procédure d’information/consultation, afin que la Direction détaille :
Les objectifs et le fonctionnement technique du projet,
Les conséquences sur l’emploi et les conditions de travail,
Les mesures d’accompagnement prévues pour les salariés impactés.
Nos revendications et propositions
Face à l’ampleur des enjeux, la CFDT demande :
Un accompagnement renforcé pour les salariés et prestataires concernés (formation, reclassement, suivi RH personnalisé).
Un soutien financier pour les projets devant migrer leurs plateformes et postes de travail.
Une analyse d’impact complète sur les conditions de travail et la charge induite par la migration.
La transparence sur les coûts réels de la fermeture et des solutions de remplacement.
La mutualisation des compétences et la création d’un support technique transverse pour accompagner les équipes dans la transition.
Conclusion
L’arrêt du Réseau Innovation marque une étape importante dans la transformation des infrastructures d’Orange Innovation. Si la sécurité et l’optimisation des coûts sont des objectifs légitimes, ils ne sauraient justifier une dégradation des conditions de travail, une perte de compétences ou une fragilisation des projets d’innovation. La CFDT continuera de défendre les intérêts des salariés, en veillant à ce que le dialogue social reste au cœur de cette transition.



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